Comment mesurer l’impact environnemental du réemploi d’un ordinateur ?

Dernièrement nous vous avons partagé un article dans lequel nous avons parlé CO2eq, impact environnemental et réemploi d’ordinateur. Ça vous dit quelque chose ? Pas de panique si ce n’est pas le cas, vous pouvez le retrouver par ici !

Aujourd’hui nous avions envie de vous en dire un peu plus sur les calculs et les données à prendre en compte pour mesurer l’impact de la fabrication d’un ordinateur et en quoi nous considérons que le réemploi permet une véritable économie.

L'impact environnemental

Déjà commençons par éclaircir quelques points. Sur ce document de l’ADEME, nous prenons comme référence les chiffres de la colonne « Changement climatique cradle-to-grave » afin d’estimer la quantité de CO2eq produite lors de la fabrication d’appareils informatiques, mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Littéralement on peut traduire « du berceau au tombeau ». En fait il s’agit de chiffres issus d’une analyse du cycle de vie, désignée en anglais par le terme « cradle-to-grave ». Le calcul prend donc en compte l’extraction des matières premières, la fabrication, le transport, l’utilisation et le recyclage.

D’après ce document de l’ADEME, on estime donc que :

  • Un ordinateur portable (bureautique) = 169 kg de CO2eq

  • Une unité centrale (bureautique) = 189 kg de CO2eq

  • Une unité centrale haute performance = 394 kg de CO2eq

  • Un écran de 21,5 pouces = 236 kg de CO2eq

Pour rappel, l’impact carbone est exprimé en équivalent CO2 (ou CO2eq) et représente l’impact des différents gaz à effet de serre en matière de réchauffement climatique (Plus de détails par ici). Pour prendre une image plus parlante, on estime qu’une tonne de CO2 équivalent, correspond environ à 1 aller-retour Paris – New York en avion (d’après GreentIT et ConsoGlobe).

La méthodologie du "sac à dos écologique"

Il peut être intéressant aussi de se tourner vers d’autres indicateurs. Prenons les kilos de matières premières réellement utilisés pour la fabrication de matériel informatique, comparés au poids du produit fini, c’est ce que nous propose cet article de GreenIT. Il nous parle de la méthodologie dite du « sac à dos écologique » qui propose des ordres de grandeur plus faciles à appréhender.

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On y apprend alors qu’il faut 32 kg de matières premières pour fabriquer une puce de 2 grammes. En effet, dès que l’on approche les appareils électroniques, les comptes deviennent alarmants. S’il faut 54 fois le poids d’une voiture en matières premières pour la fabriquer, pour un smartphone c’est directement 500 fois son propre poids. Et pour la puce, c’est 16 000 fois son poids en matières premières.

Ces calculs sont basés sur les travaux d’Eric Williams, chercheur de l’Université des Nations Unies. Toujours d’après ce chercheur, on estime que la fabrication d’un ordinateur nécessite en moyenne :

  • 240 kg de combustibles fossiles

  • 22 kg de produits chimiques

  • 1,5 tonnes d’eau

Entre CO2eq et kilos  de combustibles fossiles, de produits chimiques et d’eau, nous avons maintenant plusieurs éléments sous la main afin de nous permettre d’évaluer l’impact environnemental de la fabrication d’un ordinateur.

L'impact social

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Il serait dommage de parler d’impact sans aborder l’impact social. Il est très compliqué, encore aujourd’hui, de l’évaluer et cet impact représente à lui tout seul un sujet à part entière.

Ceci étant dit, nous allons tenter d’apporter quelques éléments à la réflexion.

Dans les matières nécessaires à la fabrication d’un ordinateur, on retrouve notamment des ressources naturelles minières, des terres-rares et du plastique. C’est l’extraction de ces terres-rares qui pose de sérieuses menaces environnementales mais également politiques et sociales avec, entre autres, l’érosion des sols, les mines à ciel ouvert, le lavage chimique intensif pour obtenir un minerai pur, le développement de pathologies chez les travailleurs, l’exploitation d’enfants, les financements de conflits armés par la vente de coltan, etc…

L'exemple du coltan

Le coltan est sûrement l’exemple le plus connu et le plus choquant de ce que peut engendrer la course aux matières premières. Cet « or gris », qui donne le tantale une fois raffiné, est principalement utilisé dans les condensateurs d’ordinateur et de téléphone portable et c’est en République Démocratique du Congo que se trouve la plus grande réserve mondiale de coltan. Ce pays se trouve au cœur d’enjeux mondiaux mêlant grandes puissances militaires et industrielles. Les conflits et la pression dû à ces enjeux entraîne des conditions de travail terribles et de lourdes pertes humaines, et ce, depuis des dizaines d’années. Si le sujet est compliqué à aborder, il ne faut pas pour autant l’ignorer.

Si le sujet vous intéresse et que vous voulez en apprendre plus, voici plusieurs ressources utiles : Amnesty International, Santé Environnement, ConsoGlobe, Reportage Cash Investigation, la BD “Kivu”.

Cette problématique est vaste et complexe, et nous ne faisons que l’effleurer mais cela permet d’avoir une idée des différents facteurs à prendre en considération lorsque l’on pense à l’impact de la fabrication d’un ordinateur, qui est autant environnemental que social.

Et le réemploi dans tout ça ?

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Ce qui doit être pris en compte, c’est que les chiffres donnés par l’ADEME, en kg de CO2eq, ont été calculés sur la base de la durée de vie « classique » d’un ordinateur, c’est-à-dire environ 3 ans pour les ordinateurs portables et 4 à 5 ans pour les unités centrales. Or, en réemployant le matériel, nous estimons que sa durée de vie est doublée. En offrant une nouvelle vie à un ordinateur, on considère donc que l’on évite la fabrication et le recyclage d’un appareil neuf, la fabrication étant responsable de la majeure partie de l’impact CO2 d’un ordinateur.

Ce que l'on calcule chez WeeeFund

Ainsi pour établir les chiffres que nous communiquons, nous prenons en compte uniquement le nombre d’ordinateurs que nous avons réellement reconditionnés et livrés (pour des projets ou de la vente). Unités centrales et ordinateurs portables, utilisation bureautique ou non et nous multiplions les données du document de l’ADEME par le nombre d’appareil spécifique avant d’additionner le tout !

L'année 2019 en exemple

Nous allons parler de l’année 2019 car le nombre d’ordinateurs reconditionnés par la suite a vraiment augmenté et le but n’est pas de se perdre dans les chiffres. Mais le principe est le même année par année.

En 2019 nous avons donc reconditionné 131 ordinateurs dont :

  • 59 ordis portables bureautiques = 23 895 kg de CO2eq
  • 10 ordis portables graphiques = 6 300 kg de CO2eq
  • 56 ordis fixe bureautiques = 23 800 kg de CO2eq
  • 6 ordis fixe graphiques = 2 755 kg de CO2eq

À chaque ordinateur fixe nous prenons les chiffres pour une unité centrale plus ceux pour un écran.

Résultat : 56,750 tonnes de CO2eq économisés !

 

Ceci étant dit, l’impact de l’utilisation même de l’ordinateur n’est pas économisé mais elle représente une part minime en comparaison de la fabrication et du recyclage. Nous essaierons par la suite de l’inclure dans nos calculs afin d’être le plus précis possible. Pour cette raison nos résultats actuels sont une estimation mais cela nous permet de voir notre progression et de sensibiliser à l’importance du réemploi.

Ainsi sur nos articles projet ou sur notre site web vous pouvez voir des mentions comme « X tonnes de CO2eq économisées ». Nous nous concentrons sur cet indicateur pour en simplifier la lecture, car comme nous venons de le voir ensemble, il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte. Et si le recyclage est possible, il reste délicat et n’est pas toujours aussi efficace que l’on pourrait le croire. Le réemploi est donc à ce jour une des meilleures solutions afin de minimiser notre impact, tout en accédant au numérique !

Sources

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